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DISCOURS ROYAL



De l’allocution prononcée par Sa Majesté le Roi Hassan II le 6 mai 1969 à l’occasion de l’ouverture des travaux du congrès constitutif de l’Union Nationale des Femmes Marocaines.


LOUANGE A DIEU



Mesdames,
Messieurs,


Longtemps, Nous avons attendu ce jour heureux qui Nous permet de vous rencontrer, vous qui êtres les mères de nos enfants et qui constituez le fondement principal de nos foyers et, partant de Notre société. Nous entendions avec impatience l’avènement de ce jour en misons de Notre grand attachement à l’histoire de notre pays. Nous tenons en effet à voir Notre histoire de dérouler d’une manière harmonieuse et parfaite.

Aussi, n’admettons Nous point qu’il soit dit, à un moment donné, que dans l’histoire du Maroc existe un hiatus, un de ces chaînons que représente  le travail quotidien à accomplir par la femme marocaine.  

    Nous ne permettons pas qu’il soit dit que la participation de la femme marocaine dans la lutte menée pour l’indépendance a été un simple événement lié au circonstances et que, juste après, le flambeau s’est éteint. Nous ne saurions accepter que l’histoire rapporte un jour que la femme marocaine, après un sursaut d’héroïsme, s’est abondonnée à des activités qui, tout en étant le propre de toute femme, détournement du chemin et des véritables préoccupations. Nous ne voulons pas entendre dire que la femme marocaine a été durant la période 1945 – 1955, caractérisée par un grand dynamisme et que depuis lors son action au sein de la société s’est réduite comme si elle avait sombre dans une espèce de l’léthargie.   


    Telle sont, Mesdames, du point de vue de l’histoire, les raisons qui Nous ont incité à vous réunir pour former une Union des Femmes cette institution est appelée à être un lien solide supplémentaire entre les diverses péripéties de Notre histoire. Mais à coté de ces notions, il en existe d’autres qui sont permanents parce que l’ordre éducatif et social. Les événements que connaît le XXè siècle et qui dérivent, dans l’ensemble de l’angoisse, du doute et de l’incertitude dont sont l’objet nos jeunes, c’est – à – dire les hommes et les femmes de demain, n’ont pas été étrangers à Notre initiative de créer cette Union . Ces événements qui ont fait les Etats Hautement développés traversent des crises, Nous ont, en effet, conduit à activer la formation de cette Union pour qu’ensemble, Nous prenions connaissance des problèmes et leur trouvions les solution adéquates.   

    Nous ne  vous cacherons pas  que lorsque Nous avons pris la décision d’encourager la constitution d’une Union des Femmes, Nous avons constaté auprès de nombre de personnes des appréhensions quant à l’éventualité de voir la femme prendre trop d’importance. Nous tenons, ici à préciser que dans un ménage uni, il n’existe pas, à vrai dire, de conjoint supérieur à l’autre.

Certes le Coran dit,

   « L’homme et le maître de la femme »
Mais à ce verset il y a lieu d’accoler l’hadith du prophète :
   « Les femmes et les hommes ont les mêmes responsabilités »

    L’exégèse du verset et du hadith précité conduit à établir qu’il appartient à l’homme de fournir un grand effort et de travailler avec acharnement. En contrepartie l’homme trouve auprès de la femme le repos et la quiétude qui compensent le labeur quotidien qu il accomplit soit en gérant les affaires de l’Etat, soit en s’employant à subvenir aux besoins des siens.

Vous connaissez, à présent, les voies et moyens adoptés pour créer cette Union des Femmes. Nous avons choisi parmi vous un certain nombre de dames à qui Nous avons demandé de se rendre aux provinces et préfectures, a fin de réunir toutes les femmes désireuses de prendre part à cette œuvre.  
 
Nos directives étaient qu’il fallait expliquer la portée et les objectifs de cet organisme qui s’inscrit dans une perspective non point limitée et sectaire, mais plutôt large et ouverte.

En Notre qualité de responsable de ce pays et de vos destinées, il Nous revient d’orienter l’action de tous. Ainsi avons-Nous voulu que ce mouvement ne soit affilié à aucun parti pour que ses activités s’insèrent dans le cadre de la politique générale qui signifie, avant tout, la gestion des affaires et des intérêts publics.  

L’adhésion de cette Union implique, de la part de la femme quatre conditions :

a    le désir d’avoir une conscience aigue des problèmes
b    être animée d’un civisme clairvoyant,
c    se dévouer aux taches à exécuter,
d    et enfin savoir que cette union répond a une nécessité de l’époque.

Nous avions décidé aussi que les femmes de chaque province ou préfecture élisent leur bureau. C’est à ces bureaux que, du reste, Nous Nous adressons aujourd’hui pour leur exposer Notre point de vue sur leur Union. Nos considérations se situent sur trois plans :

1    Quelles sont les taches que l’Etat veut vous voir ensemble accomplir ?
2    Quelles sont les activités que l’Etat veut vous voir déployer à titre individuel, au sein de votre foyer
      ou de votre quartier ?
3    Quels sont les règlements et le fonctionnement qui régiront l’Union des Femmes.

Nous pensons qu’en ce siècle, le stade de la réflexion doit s’élever au-delà des simples actions de bienfaisance. L’Etat, en effet, tend à assumer toutes les obligations à caractère social. C’est ainsi qu’il est à la fois infirmier, médecin, industriel, agriculteur et ainsi de suite.

L’Etat s’emploie donc à protéger le faible et la victime de l’injustice. Ce pendant, il est des actions qu’un Etat ne saurait mener à bon terme tout seul, à moins qu’il ne dispose d’un corps de fonctionnaire.
Il va sans dire que les problèmes diffèrent selon le lieu et le milieu  ou ils se posent. Il vous appartient à vous de Nous signaler le mal dont souffre la société pour que Nous diction, de Notre coté, aux responsables, la manière d’y remédier. C’est précisément l’une des taches primordiales qui nous incombent.

Cela requiert, naturellement, de votre part, du dévouement à la cause publique et l’amour du prochain, quelle que soit sa condition.

Votre Union ne comptera pas de fonctionnaires et son action sera strictement bénévole. Car Nous constatons malheureusement que les ressources de certaines organisations de bienfaisance servent surtout à rémunérer leurs agents, plutôt qu’à servir des buts humanitaires. Votre action ne doit pas connaître de répit. Elle doit s’orienter vers l’assistance du pauvre et du malade, notamment dans les hôpitaux. Pour cela Nous sommes disposés a demander à Nos Ministres de la Santé Publique et des Affaires Sociales, d’organiser, au besoin, des cours d’initiation aux soins paramédicaux et à tout ce qui touche à l’assistance sociale. Du reste, le programme qui vous sera soumis est très important et varié.

En réalité, la lutte que Nous avions engagée pour l’indépendance de Notre pays trouve son prolongement dans l’œuvre d’édification que Nous entreprenons actuellement et pour laquelle il importe plus que jamais, de conjuguer l’effort de l’homme et de la femme.

Pour préparer une génération saine et dynamique, Nous comptons avant tous, sur la femme marocaine.
A nos yeux, celle-ci défend beaucoup plus que le père son fils contre les différentes formes de la mystification. C’est elle qui doit inculquer à ses enfants une éducation civique qui fera d’eux des citoyens dignes et fiers de leur patrie, jaloux de leur liberté et prêt à sauvegarder le patrimoine national.

Nous avons parlé précédemment des statuts qui régiront l’Union Nationale des Femmes Marocaines. Ils sont consignés dans un projet de décret dont l’étude sera confiée à une commission dont les membres seront élus parmi vous. Cette commission aura la mission de prendre avec les Ministères compétents pour les divers problèmes.

Nous avons, par ailleurs décide de vous réunir au moins deux fois par an pour discuter des questions évoquées aujourd’hui. Notre espoir est que d’ici Notre prochaine rencontre vous donnerez un contenu réel aux buts assignés à votre Union.

Nous aurions aimé confier la Présidence de cette Union à Notre Sœur, la Princesse Lalla Aicha, étant donné la part prépondérante qu’elle a prise dans l’émancipation de la femme marocaine, aux cotés de Feu Notre Père Vénéré.

Néanmoins, ses obligations, qui font d’ailleurs honneur à la femme marocaine, puisqu’elle est l’une des rares femmes au monde à occuper la fonction d’ambassadeur et qu’elle nous représente tous à Rome, ne lui permettent point d’assumer la charge de la présidente effective de Notre Union. Nous vous proposons S.A.R La Princesse LALLA FATIMA ZOHRE, fille de feu Notre Oncle le ROI MOULAY ABDELAZIZ, comme Présidente de l’Union, en raison des multiples qualités intellectuelles et morales dont elle es parée.